Entre les mots, une vie
Comprendre l'être humain, explorer les émotions, transformer les blessures en création et donner une voix à ceux que l'on n'entend pas ; c'est ce fil invisible qui relie depuis plus de trente ans l'ensemble du parcours de Nathalie Cougny.
Nathalie Cougny développe une œuvre profondément ancrée dans l'exploration de la condition humaine. Ses créations interrogent l'amour, les liens familiaux, les blessures invisibles, la transmission, la résilience et cette capacité propre à chacun de se reconstruire. À travers la peinture et l'écriture, elle cherche avant tout à révéler ce qui demeure souvent indicible.
Née en 1967 dans les Yvelines, elle grandit dans une histoire familiale marquée par les absences, les secrets et les blessures de l'enfance. Elle ne connaîtra jamais son père biologique et sera élevée principalement par sa grand-mère jusqu'à l'âge de six ans. Elle vivra ensuite avec sa mère, qui se mariera l’année de ses 7 ans. Cet homme, avec qui elle aura une très grande complicité, la reconnaîtra et deviendra son père. Sa disparition brutale, alors qu'elle n'a que quatorze ans, bouleverse son adolescence, désorganise sa scolarité et laisse une empreinte durable sur son existence.
Très douée pour le dessin, elle quitte le système scolaire à la fin du collège pour intégrer une école de stylisme Haute-Couture à Paris. Elle obtiendra quelques années plus tard un BTS de Tourisme, sans jamais exercer dans ces domaines. C'est également à cette période que naissent ses premiers poèmes. La disparition de son père de cœur l'amène à découvrir la littérature grâce à une amie qui lui transmet des listes de lectures. Elle se passionne alors pour Stefan Zweig, Fiodor Dostoïevski, Franz Kafka, Milan Kundera, Nicolas Gogol, Yukio Mishima, Jean Piaget et surtout Friedrich Nietzsche, dont la pensée nourrira durablement sa réflexion sur l'amour, la liberté, le destin et la condition humaine.
Son parcours est bouleversé à l'âge de 28 ans par une dépression sévère, lorsque les blessures de l'enfance refont surface. Deux ans plus tard, une embolie pulmonaire manque de lui coûter la vie. Ces épreuves marquent un véritable tournant : elle quitte son poste d'assistante de direction et organisatrice de séminaires à l'Institut Français du Pétrole et entreprend une analyse, associant plusieurs années de thérapie à une pratique intensive de la peinture.
Peu à peu, la peinture devient un puissant chemin de reconstruction. Nathalie Cougny réoriente alors sa vie pour la consacrer pleinement à sa famille, à la création artistique et au monde associatif.
Elle co-dirige dès lors une école d'Art de 200 élèves, organise de nombreuses expositions d'artistes et monte des expositions au profit d’un IEM, établissement pour enfants handicapés déficients moteurs cérébraux. Grâce à l’argent récolté, un des projets devient pilote en France : une salle Snoezelen (méthode unique qui vise à établir les contacts indispensables au bien-être et à l’épanouissement des personnes handicapées en faisant appel aux cinq sens).
Elle intervient bénévolement dans les écoles primaires pour partager sa passion de la peinture avec les enfants et même en halte-garderie où elle réalise des fresques à la Fernand Léger avec des enfants de moins de 3 ans.
Par l’intermédiaire d’une association, elle parraine chez elle bénévolement deux petites filles au contexte familial difficile, un week-end sur deux et la moitié des vacances, durant plusieurs années.
Autodidacte, la peinture devient très vite son premier langage. Plus qu'une discipline artistique, elle représente pour elle un espace de liberté et un moyen de transformer les blessures en création. Artiste peintre depuis 1996, elle consacre treize années à la peinture figurative avant de s'orienter, en 2009, vers l'abstraction, comme une urgence et en plein divorce. Cette évolution marque un tournant décisif dans sa démarche. Elle y trouve une écriture plus instinctive, plus libre, où la matière, le geste et la lumière prennent le relais des mots.
Travaillant exclusivement à l'huile et au couteau, Nathalie Cougny développe une peinture où les superpositions, les transparences et la lumière traduisent davantage un paysage intérieur qu'une représentation du réel. Son travail explore le temps, plus précisément cet instant où une émotion surgit, se transforme puis disparaît. Chaque toile tente d'en conserver la trace, de saisir ce moment imperceptible avant qu'il ne s'efface.
Depuis 1998, son travail a été présenté au cours de plus de cinquante expositions personnelles et collectives en France et à l'international ; notamment à Paris, Versailles, Honfleur, Rome, New York. Elle poursuit aujourd'hui une recherche artistique où l'émotion demeure le point de départ de toute création.
« La peinture est ma passion première. Un élan de vie qui me donne la force de traverser les obstacles et me permet d'échapper au monde pour entrer en résonance avec mon inconscient. »
Parallèlement à la peinture, Nathalie Cougny développe une œuvre littéraire importante. Auteure de dix-huit ouvrages, d'une pièce de théâtre ayant réuni près de 9 000 spectateurs ainsi que de nombreux textes poétiques, elle explore les relations humaines dans toute leur complexité. Ses romans, récits et essais abordent les liens familiaux, l'amour sous toutes ses formes, les violences, l'emprise, la reconstruction et la quête de sens.
Très tôt, elle fait entendre la voix des femmes victimes de violences à travers ses livres, ses conférences et les événements qu'elle organise. Son premier ouvrage consacré aux violences conjugales donne directement la parole aux victimes afin de rendre visibles des réalités encore largement tues. Très marquée par l'histoire de sa mère, victime d'inceste durant son enfance, ainsi que par les nombreux témoignages qu'elle reçoit au fil des années, elle oriente progressivement son engagement vers la lutte contre les violences sexuelles, en particulier celles commises sur les mineurs.
Depuis de nombreuses années, Nathalie Cougny accompagne également des adultes confrontés aux conséquences des violences, de l'emprise ou des traumatismes. Son écoute, sa connaissance des mécanismes psychologiques et son expérience permettent à de nombreuses personnes de mieux comprendre leur histoire et d'amorcer un chemin de reconstruction.
En 2018, elle réalise avec ses fils le clip de sensibilisation « C'est mon corps, c'est ma vie ! », consacré aux agressions sexuelles sur mineurs. Diffusé par France Télévisions sur la plateforme éducative Lumni, ce projet marque une nouvelle étape dans son engagement.
Deux ans plus tard, elle fonde l'association nationale « Les maltraitances, moi j'en parle ! », dont elle est aujourd'hui directrice générale. Reconnue d'intérêt général et agréée par le ministère de l'Éducation nationale, l'association intervient auprès des enfants pour les sensibiliser aux différentes formes de violence, favoriser la libération de leur parole et former les professionnels qui les accompagnent.
A juin 2026, l’association est présente sur 42 départements, à sensibilisé plus de 24 500 enfants et formé plus de 7 300 adultes.
Son action repose sur une conviction profonde : protéger l'enfance, c'est agir durablement sur l'avenir d'une société.
En parallèle de ses activités artistiques et associatives, Nathalie Cougny poursuit l'écriture et un projet audiovisuel où se retrouvent les thèmes qui traversent l'ensemble de son œuvre : les blessures de l'enfance, la résilience, les liens familiaux, la psychologie, l'amour, la transmission et cette part invisible qui construit chaque être humain.
Le 6 mai 2025, Nathalie Cougny est élevée au grade de chevalier de l'ordre national du Mérite, en reconnaissance de son engagement au service de la protection de l'enfance et de l'intérêt général.
L'écrivain Christian Bobin, avec lequel elle entretint un échange épistolaire, résuma sans doute le mieux la singularité de son parcours : « Vos mots et vos peintures vous donnent à voir, franche, rude et tendre, prête à tout risquer pour quelque chose de vrai. »